Les Chroniques numériques de Matthieu Noli : Halte à la fracture numérique !

C’est une information qui n’a pas fait la Une des journaux télévisés, obnubilés depuis le début du mois par le fracas de l’affaire Cambridge Analytica. Elle est pourtant de la plus haute importance.

Le 11 avril, Jacques Toubon, Défenseur des Droits depuis juillet 2014, a remis son rapport annuel. Qu’est-ce que l’on y apprend ? Que les saisines de cette autorité administrative indépendante ont progressé de 7,8% en un an et de 17,3% depuis 2015, ce qui représente au bas mot 140 000 demandes d’intervention ? Soit. Que le Défenseur des Droits a désormais vocation à protéger les lanceurs d’alerte ? Bien. Que les « replis identitaires, (les) relégations sociales, culturelles et économiques (et les) discriminations continuent ». C’est aussi regrettable que fort probable.

Que faut-il donc en retenir ? Certainement pas la colère froide de l’ancien ministre auditionné à l’Assemblé nationale comme on a pu le voir sur certaines vidéos diffusées sur les réseaux sociaux. Ce qu’il faut noter, c’est qu’à mesure que les services publics se dématérialisent, de plus en plus de nos concitoyens se sentent perdus, déboussolés.

Les formulaires des CAF (caisses d’allocation familiale) ou de la CPAM (caisses primaires d’assurance maladie) : digitalisés ! Les déclarations d’impôt : numérisés ! L’actualisation mensuelle sur Pôle Emploi : en ligne ! Et ces services informatisés ont tendance à s’étendre : essayez de prendre un avion sans téléphone portable pour voir…

Attention, notre propos n’est pas du tout de stigmatiser le numérique. Mais d’alerter ses acteurs sur le fait qu’une frange non négligeable de la population ne se sent pas à l’aise avec ces usages. Avec cynisme, certains prétendront que ce n’est pas grave, que ces gens ont vocation à disparaître ou à être englobés dans cette immense vague qu’est la révolution numérique.

Nous ne le croyons pas. Nous avons la conviction que cette formidable révolution ne doit pas se faire contre les usagers mais en étroite collaboration avec eux, qu’elle ne doit pas exclure ceux qui le sont déjà au risque de susciter des crispations de plus en plus bruyantes. Cette fracture n’oppose pas les émetteurs et les récepteurs comme on le dit parfois, ou la France des startups et celle des périphéries. Cette fracture nous concerne tous. Elle concerne nos proches, nos voisins, nos amis, nos collègues de bureau même. A mesure que les usages se multiplient, que la frontière entre vie privée et vie professionnelle s’efface, le stress de certains augmente. Il faut l’écouter, le comprendre et les aider.

D’où l’importance d’un travail d’alphabétisation (« digital literacy » en anglais) que nous sommes décidés à mener et qui est tout aussi important que la conception du plus perfectionné des algorithmes.

 

Car à la fin, c’est toujours l’humain qui aura le dernier mot.

 

PARTAGER

Soyez le premier à commenter

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.


*