Les Chroniques numériques de Matthieu Noli : Dis Google, tu nous prends pour des billes ?

Ce fut à n’en pas douter l’affaire de la semaine. Lors de sa grande messe annuelle, le CEO de Google, Sundar Pichai, a présenté devant un public ébaubi et enthousiaste la dernière version de son assistant personnel capable de prendre un rendez-vous chez le coiffeur à la place d’un être humain. Et le moment le plus marquant de cette présentation, qui déclencha une vague de cris suraigus et d’applaudissements enthousiastes, fut celui où la machine fit « mmh, mmh », comme n’importe quel être humain.

Ce « mmh, mmh » anodin eut des répercussions dans le monde entier.

Certains s’inquiétèrent, considérant que si la machine pouvait si facilement duper une coiffeuse, elle n’aurait aucun mal à convaincre un consommateur ou un électeur en lui tenant un discours rodé. Ils n’avaient pas complètement tort.

D’autres se demandèrent qui serait en tort au cas où la personne ne se présenterait pas au rendez-vous, rejoignant, aussi futile que le motif puisse paraître, la très épineuse question de la responsabilité en cas d’accident de voiture autonome. Ils posaient un vrai problème.

Humblement, nous voudrions ajouter trois observations.

 

1-    S’exalter parce qu’une machine fait « mmh, mmh » révèle l’appauvrissement considérable de notre langage. Loin de nous l’idée d’exiger d’elle qu’elle emploie l’imparfait du subjonctif, mais quand même…

2-    A cet appauvrissement du langage s’ajoute une baisse généralisée du QI de nos contemporains qui a été prouvée par plusieurs études récentes. Dans une publicité pour le même assistant, on pouvait lire : « dis Google, quel temps fait-il ? » On a envie de lui répondre : « mais ouvre la fenêtre, abruti ! »

3-    En admettant que l’homme (ou la femme, ou le spectateur candide de ces grandes démonstrations) ait recours à ce service, à quoi lui servira le temps qu’il aura gagné sur un appel à son coiffeur ? A lire les œuvres de Ronsard ? A écouter un concerto de Mozart ? A rêver ? Tout porte à craindre que l’on espère plutôt qu’il aille surfer sur Facebook ou regarder une série Netflix.

Ce n’est pas en se substituant à l’homme, faillible, décevant et faible que la révolution numérique nous aidera, bien au contraire.

 

Car à la fin, c’est toujours l’humain qui aura le dernier mot.

 

Matthieu Noli

 

 

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